« Habiter la douleur »: critique de Kétamine par Thélyson Orélien

Je pense que vous le savez déjà, mais il suffit de lire la première page de C’était ça ou mourir de Thélyson Orélien pour comprendre qu’on tient entre ses mains un livre appelé à devenir un classique. Tout concorde, sous cette plume vivante, précise, drôle aussi, pleine de finesse, à nous donner l’impression que ce roman a toujours été là, qu’il devait être écrit, que l’univers romanesque qu’il va déployer est d’importance pour saisir un peu mieux la condition humaine. Je me demande si cette confiance que nous accordons d’emblée à Thélyson Orélien et qui nous fait suivre son personnage, Jonas Dorléon, jusqu’au creux des enfers s’il le faut, n’est pas le signe de la grande générosité de l’écrivain : avant de raconter une histoire, il a écouté, regardé, senti — en quelque sorte « lu » les gens autour de lui, comme un lecteur s’imprègne des vies autres et les fait siennes. 

J’ai eu le privilège de passer du temps avec Thélyson grâce à mon lien avec un certain directeur des Éditions du Boréal, et j’ai pu apprécier sa gentillesse et sa générosité. La voici à l’œuvre, cette générosité, de façon éclatante, dans cet article de blogue que je partage avec vous, et qui révèle les qualités de lecteur de cet écrivain : Thélyson Orélien a lu Kétamine, mais il a fait plus que cela, il m’a profondément comprise. Dans cet article, il prend le temps de penser ce qui ne se résume pas, ce qui ne peut pas se comprendre hors du temps long du livre, et à l’ère des critiques instantanées sur Instagram et TikTok, je lui suis infiniment reconnaissante de renouer avec la critique littéraire classique, lente et généreuse, qui est en soi une forme d’écriture. 

Extrait d’ « Habiter la douleur » par Thélyson Orélien:

La grande force de Kétamine, c’est ça : faire ressentir ce que la maladie enlève sans jamais réduire la personne malade à ce manque. Gabrielle Chevarier ne disparaît pas derrière ses diagnostics. Au contraire, elle émerge avec une intelligence vive, une pudeur touchante, une ironie parfois douloureuse. Elle sait que le corps malade dérange. Il dérange le boulot, les amis, les proches, les conversations banales. Il oblige à répondre à cette question simple et terrible : « Comment ça va ? » Et parfois, dire « j’ai mal » devient presque une faute, comme si la personne qui souffre avait créé le malaise en le nommant. Le livre montre avec beaucoup de justesse cette violence discrète : celle de devoir toujours expliquer sa douleur, la justifier, la rendre acceptable. On demande à la personne malade de bien raconter son mal, mais pas trop. De se confier, mais sans peser. D’être courageuse, mais pas dramatique. De souffrir, mais avec une certaine élégance sociale. Chevarier comprend ça de l’intérieur. Elle sait que les mots sont fragiles face à la douleur. 

Pour lire la critique dans son ensemble, cliquez ici: https://thelysonorelien.com/habiter-la-douleur/

Laisser un commentaire