Pour m’endormir, adolescente, je déshabillais mentalement mon âme, os par os, comme les pelures d’une orange, et arrivée aux vertèbres il fallait tirer plus fort, les arracher. Je n’avais plus de dos. J’étais libre, au seuil du sommeil. Une pensée soudain me réveillait : sans colonne ni cage thoracique ni muscles ni rien, existais-je encore? Où se trouvait donc ce que j’appelle « moi »?
À paraître le 11 février 2026

Aux prises avec d’aliénantes douleurs chroniques que rien ne soulage, Gabrielle Chevarier accepte, à l’invitation de son médecin, d’essayer un traitement encore expérimental : la kétamine. Cette drogue permettrait d’apaiser les symptômes du corps, mais aussi d’ouvrir un sentier dans l’indicible, d’approcher ce qui se situe en deçà du langage.
Les révélations, réverbérations et verbatims poétisés de six séances marquantes guident l’écriture de ce livre inclassable. Cherchant à s’extraire du puits de tristesse où se poursuit seconde après année la même chute, l’autrice déploie des réflexions sur le corps, ses limites, ses traumatismes. Surgit alors la possibilité d’habiter l’extrême vulnérabilité que l’on cache, même à soi-même.
Gabrielle Chevarier enseigne la littérature dans un cégep. Elle a remporté le prix Arlette-Cousture pour son premier roman, Madame Werner, paru chez Leméac en 2023.
